Quand la mort explique la vie

1614Loin de moi l’idée de faire un article philosophique en ce lieu. Il n’empêche qu’un faire-part mortuaire donne une indication concernant l’entourage d’une famille, des centaines de ces vieux papiers jaunis et bien encadrés d’une encre d’un noir profond nous donnent des indications fort intéressantes à propos du milieu de vie d’un personnage (1).

Ici, il s’agit, en l’occurrence de la vie d’Ernest Drion du Chapois et de sa sœur Emilie qui, tous deux, vivent en célibataire au château du Chapois. à Gosselies.

Ernest est celui qui reçoit le plus de faire-part en lien avec sa fonction politique puisqu’il est sénateur et bourgmestre de Gosselies. Et c’est à ce titre qu’il reçoit les annonces du décès des ministres d’État comme Woeste, Berryer, Renkin, Levie, Poullet et… Broqueville. Ernest ne sait pas encore à ce moment-là que sa nièce et filleule Huguette Drion du Chapois épousera en 1954 Norbert de Broqueville, petit-fils du ministre de la Guerre et Président du conseil durant la guerre de 14-18.

Bien sûr aussi, Ernest et 2milie reçoivent des faire-part de sa propre famille tant de leur branche que de la branche aînée des Drion. Et donc on trouve les Pirmez, les Misonne, les Géradon, de la Motte Baraffe, Breuls de Ticken, Fabribeckers, Moncheur de Rediotte, Desplaces, della Faille de Leverghem, ainsi que quelques Drion de la branche de Marlagne qui ont  une ascendance commune.

Les Solvay apparaissent aussi non pas en tant que membres de la famille mais bien en tant que créateur d’entreprises. Les Drion et Pirmez sont les premiers investisseurs historiques dans l’entreprise fondée par Ernest Solvay.

Et puis il y a aussi de nombreuses familles dont le nom nous disent quelque chose mais par le fait qu’ils envient un faire-part montre qu’ils ont eu une relation de famille, d’affaire, d’amitié avec Ernest et Emilie. Ainsi l’on voit des noms comme Caïmo, Beauffort, d’Oultremont, van der Stegen de Jehay, de Radzitzky d’Ostrowick (2), Lalieux de la Rocq, Descamps,  et j’en passe des centaines.

Tous ces faire-aprt ont un intérêt pour la généalogie des familles.  Avec une bonne lecture de tous ces papiers on pourrit reconstituer des familles entières. Mais nous n’allons pas le faire par manque de temps et d’intérêt ayant déjà bien d’autre chose à faire.

moreauCe fond d’archives montre aussi les mœurs de l’époque. Ainsi l’on peut lire le faire-part (ci-joint) de Marie-Louise Moreau (1861-1932) qui n’a rien avoir avec la famille mais dont on va dire 9 services religieux et deux trentaine grégorienne pour le repos de son âme. Outre le service religieux principal qui a lieu le 17 août 1932 à la paroisse Notre-Dame-du-Lac de Tirlemont, dans l’ordre, les autres offices vont se dérouler le 19 août chez les Dominicains,  la confrérie de Sainte-Agathe donnera une messe le 23 août, le 25 août c’est le tour de la confrérie de Sainte-Barbe, le 26 août pour la confrérie du Saint-Rosaires, le même jour à une autre heure ce sera la confrérie de l(Immaculée Conception, le 27 août c’est le tour de la confrérie de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus. Le 13 octobre on peut assister au service du Tiers-Ordre de Saint-François d’Assise. Une messe sera dite par la Fédération de Femmes Catholiques à une date ultérieure. Avec tout cela si cette membre de la Congrégation de la Sainte-Vierge et membre du tiers-Ordre de saint-François d’Assise ne rentre pas en odeur de sainteté, on n’y comprendra plus rien !

1662Un exemplaire unique se trouve dans les archives Drion, c’est une annonce faite par les questeurs de la Chambres des représentants à Bruxelles. L’annonce est sobre et va droit au but. Voilà donc la manière de communiquer un décès parmi les membres actifs de cette auguste assemblée.

La légation d’Allemagne annonce aussi de manière sobre que son ambassadeur, ce qu’on appelait à l’époque son ministre d’Allemagne, le comte Adelmann von Adelmannsfelden est décédé le 4 juin 1935

Les familles des personnages importants n’hésitent pas à mettre toutes les fonctions remplies durant la vie du défunt suivi de l’ensemble des décorations obtenues. Ainsi Monseigneur Paulin Ladeuze (1870)1940), qui est évêque titulaire de Thibériade et ancien recteur Magnifique de l’université Catholique de Louvain n’a pas moins de 14 titres et fonctions et 10 décorations honorifiques (3).  Henri Pirenne (1862-1935), professeur émérite et ancien recteur de l’Université de Gand a lui aussi eu plus de 25 fonctions, une dizaine de distinctions honorifiques et a été Docteur Honoris Causa de plusieurs universités européennes.

On pourrait y déceler de la vanité que d’étaler toute les qualités d’une personne. En même temps c’est probablement plus de la fierté d’avoir un personnage aussi connu parmi les siens. En tout cas, ces documents fourmillent d’informations tant sur l’histoire d’une personne que sur celle de sa famille. Nous aurons donc l temps d’exploiter cette mine de renseignements au cours de nos rangements des archives.

Géry de Broqueville

(1) Ce fond sera déposé dans un lieu d’archive encore à déterminer. Il sera d’ailleurs accompagné aussi par des images mortuaires ainsi que par des faire-part de mariage aussi en grande quantité.

(2) La fille d’Huguette Drion du Chapois, Thérèse de Broqueville épousera en 1975, Henry de Radzitzky.

(3) plus d’informations : Wikipédia.

(4) Plus d’informations sur le personnage : Wikipédia.